Cadre légal28 août 20264 min de lecture

Combien coûtent les arrêts de travail en France ?

Le coût des arrêts de travail se mesure à deux niveaux. Pour la collectivité, plus de 15 milliards d'euros d'indemnités journalières versés chaque année par la sécurité sociale. Pour les entreprises, le maintien de salaire, la cotisation AT/MP et des coûts cachés que les études évaluent à plus de 100 milliards d'euros par an tous employeurs confondus. Voici les chiffres, leurs sources et les leviers dont dispose l'employeur.

Coût des arrêts de travail : plus de 15 milliards d'euros par an pour la collectivité

Deux branches de la sécurité sociale indemnisent les arrêts. La branche maladie a versé 10,6 milliards d'euros d'indemnités journalières en 2023 (régime général, hors DROM), et l'Assurance Maladie chiffre la progression de ces dépenses à 27,9 % entre 2019 et 2023. Environ 60 % de cette hausse tient à des facteurs démographiques et salariaux — croissance et vieillissement de la population active, augmentation des salaires — le reste à la fréquence et à la durée des arrêts eux-mêmes.

Côté risques professionnels, les indemnités journalières AT/MP ont atteint 4,9 milliards d'euros en 2024 et sont devenues, pour la première fois, le premier poste de dépenses de la branche. Cette dynamique nourrit les réformes récentes : plafond des indemnités journalières abaissé à 42,97 € par jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026, et durées de prescription encadrées depuis le 1er septembre 2026 (31 jours pour l'arrêt initial, 62 jours par prolongation, sauf dérogation). L'Assurance Maladie relevait aussi, en 2024, quelque 500 000 prescriptions initiales de plus de 33 jours, souvent en écart avec ses référentiels.

Ce que coûte un arrêt à l'entreprise : les coûts directs

Pour l'employeur, la première ligne de coût est le maintien de salaire. La caisse ne verse que 50 % du salaire journalier de base, après 3 jours de carence ; l'entreprise complète à 90 % du brut pendant 30 jours, puis aux deux tiers pendant 30 jours, dès lors que le salarié a un an d'ancienneté (articles L.1226-1 et D.1226-1 du code du travail), à partir du 8e jour en maladie non professionnelle (D.1226-3). Ces durées s'allongent avec l'ancienneté, et la plupart des conventions collectives vont au-delà : carence réduite ou supprimée, taux supérieurs, périodes plus longues.

Deuxième ligne : la cotisation AT/MP, financée à 100 % par les employeurs. Sa tarification dépend de la sinistralité : collective en dessous de 20 salariés, mixte de 20 à 149, individuelle à partir de 150 salariés. Chaque accident ou maladie reconnu renchérit alors durablement le taux — le système est explicitement conçu pour inciter à la prévention.

Les coûts cachés : ce que les études chiffrent

Aucune statistique publique française ne mesure les coûts indirects — remplacement au pied levé, intérim, heures supplémentaires, désorganisation des équipes, engagements clients décalés. Des ordres de grandeur existent néanmoins. Dans un panorama publié en 2017, l'INRS rapporte que l'Organisation internationale du travail évalue les coûts indirects des accidents du travail à quatre fois les coûts directs. L'Institut Sapiens, en 2018, estimait le coût caché total de l'absentéisme à 107,9 milliards d'euros par an pour l'économie française, soit environ 4 000 € par salarié et par an. Plus récemment, le baromètre 2025 de WTW, construit sur les DSN de 1 952 entreprises privées, mesure un taux d'absentéisme de 5,1 % en 2024 — en hausse de 34 % depuis 2019 — et avance un coût de plus de 120 milliards d'euros par an pour les entreprises. Ces estimations privées reposent sur des méthodologies différentes et ne se recoupent pas ; elles convergent sur un point : la partie immergée de l'iceberg dépasse largement le coût salarial visible.

Les leviers de l'employeur pour maîtriser ce coût

Le premier levier est la prévention, seule voie durable pour faire baisser sinistralité et cotisation AT/MP. Le deuxième est la rigueur de gestion : attestations de salaire transmises sans délai, subrogation maîtrisée, suivi des arrêts longs — dont le baromètre WTW montre qu'ils sont désormais tirés par les risques psychosociaux.

Le troisième est le contrôle. L'employeur qui verse le complément légal ou conventionnel peut faire réaliser une contre-visite par un médecin de son choix (L.1226-1) : si le salarié est absent sans motif légitime ou si le médecin conclut que l'arrêt n'est pas justifié, le complément peut être suspendu. Encore faut-il trouver rapidement un médecin disponible près du salarié — c'est précisément le service que rend MandaPro, en organisant la contre-visite de bout en bout pour l'employeur.

Ce qu'il faut retenir

  • La branche maladie a versé 10,6 Md€ d'indemnités journalières en 2023, en hausse de 27,9 % depuis 2019 ; la branche AT/MP 4,9 Md€ en 2024, son premier poste de dépenses.
  • Pour l'entreprise, le coût direct combine complément de salaire (90 % puis 2/3 du brut) et cotisation AT/MP entièrement patronale.
  • Les coûts cachés ne sont chiffrés par aucune statistique publique ; les estimations disponibles vont de 4 fois les coûts directs (OIT, via l'INRS) à plus de 100 Md€ par an tous employeurs confondus (Institut Sapiens, WTW).
  • Prévention, gestion rigoureuse et contre-visite sont les trois leviers à la main de l'employeur.

Questions fréquentes

Qui paie quoi pendant un arrêt maladie non professionnel ?

La caisse verse des indemnités journalières égales à 50 % du salaire journalier de base, après 3 jours de carence et dans la limite de 42,97 € par jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026. L'employeur complète à 90 % du brut à partir du 8e jour d'absence si le salarié a un an d'ancienneté, la convention collective étant souvent plus favorable.

Combien coûte un salarié absent au-delà de son salaire ?

Il n'existe pas de statistique publique française sur les coûts indirects. L'INRS rapporte que l'OIT les évalue à quatre fois les coûts directs pour les accidents du travail, et l'Institut Sapiens chiffrait le coût caché de l'absentéisme à environ 4 000 € par salarié et par an. Ce sont des ordres de grandeur, pas des barèmes.

La sinistralité de mon entreprise influence-t-elle vraiment mes cotisations ?

Oui, de plus en plus avec la taille. Le taux AT/MP est collectif en dessous de 20 salariés, mixte de 20 à 149, et individuel à partir de 150 salariés : chaque sinistre reconnu pèse alors directement sur le taux des années suivantes.

L'employeur peut-il agir sur le coût des arrêts qu'il estime injustifiés ?

Oui. S'il verse le complément de salaire de l'article L.1226-1, il peut faire réaliser une contre-visite par un médecin de son choix ; des conclusions défavorables permettent de suspendre le complément, et la caisse peut en tirer les conséquences sur les indemnités journalières.

Sources

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Les règles applicables dépendent de votre convention collective et de votre situation : pour une décision individuelle, rapprochez-vous d'un conseil qualifié.

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